Ne dites rien à Netanyahu, Sarkozy est un menteur ;-) - par Jean-Patrick Grumberg
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Le Monde n’est pas un journal digne. Mais tout ce qui s’y imprime
n’est pas indigne. Et je me dois de saluer la persévérante Natalie Nougayrède, journaliste au quotidien qui incarne ce que je combats, pour avoir alpagué le menteur
Sarkozy.
« Mardi 18 octobre lors d’un déplacement à Nice, écrit Natalie Nougayrède, Nicolas Sarkozy a déclaré à la
presse : « Le jour de mon élection, j'avais dédié cette élection aux infirmières bulgares retenues par Kadhafi depuis huit ans et demi, à Ingrid Bétancourt qui entamait sa sixième année dans
la jungle et bien sûr à Gilad Shalit. Voilà. Les trois engagements du soir de mon élection sont aujourd'hui tenus, c'est un grand soulagement ». »
Natalie Nougayrède : « Or, le soir du 6 mai 2007, dans son discours de victoire électorale prononcé dans la
salle Gaveau à Paris, le président français n'avait à aucun moment mentionné le jeune soldat franco-israélien détenu depuis 2006 par le Hamas. Il avait bien promis que la France « n’oublierait
pas » les infirmières retenues en Libye, ni Ingrid Bétancourt en Colombie – mais pas un mot sur Gilad Shalit. »
Natalie Nougayrède : « C'est neuf mois plus tard, en février 2008, qu'est intervenue la première mention
publique de Gilad Shalit par Nicolas Sarkozy. Dans un discours prononcé à l'occasion du dîner annuel du Crif, il déclarait : ‘le soldat franco-israélien Gilad Shalit doit être libéré’.
»
Au dernier G20, lors d’une conversation privée avec Barak Obama qui a malencontreusement (?) filtré à la
presse à cause d'un micro resté ouvert, Nicolas Sarkozy a traité le Premier ministre Israélien de menteur : « c’est un menteur, je ne peux pas le supporter ! » a t-il laché à
Obama.
Voilà les paroles d’un fin connaisseur.
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Suite de l'affaire avec la réaction deRichard Prasquier, patron du CRIF, (extraits
de ses déclarations) : « Par éducation, par constitution personnelle, je considère le mensonge comme une faute grave. Je pense donc que la remarque de Nicolas Sarkozy envers Benjamin
Netanyahou est une accusation blessante, et en tant que Juif, s'agissant du Premier Ministre de l'Etat du peuple juif, je me sens moi-même humilié. Je sais que ce sentiment est largement partagé
dans la communauté juive française. Il peut conduire à des comportements aberrants. Je n'en connais pas l'origine, mais j'en imagine les conséquences, car la politique, c'est aussi affaire de
sentiments et de ressentiments entre chefs d'Etat ».
Richard Prasquier : « Il n'est que de rappeler le retournement immédiat de Jacques Chirac en 2005.
Il savait que le régime syrien était couvert de sang. Cela ne l'a pas empêché de cultiver son amitié avec Hafez el Assad puis son fils Bachir, jusqu'au moment où il est apparu que la Syrie était
mêlée à l'assassinat de son ami intime Rafic Hariri: c'est alors, et seulement alors, qu'il a considéré que la Syrie était un état paria. On peut désormais penser que certaines décisions,
difficiles à comprendre et contraires à ce qu'on pensait être les engagements français (ndmg – les palestiniens à l’Unesco) ont été prises par colère contre le Premier Ministre israélien. La
colère est mauvaise conseillère. Le ressentiment est un risque très humain contre un ami qu'on n'a pas pu influencer comme on l'espérait. Les plus grandes animosités guettent les plus
proches » (Fin des extraits de la déclaration de Richard Prasquier).
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:
Pour créer des emplois, ne respirez plus - par Jean-Patrick Grumberg
Un nouveau rapport carbone (1) remis au Ministre de l'environnement la semaine
dernière, souligne les conséquences positives sur l’emploi de la réduction des émissions de CO2.
Il faut le lire (2) sans quoi vous allez penser que je vous mène en
bateau.
« L’éminent » Christian de Perthuis, un économiste de la classe de ceux qui ont
mis l’Europe à genoux, et qui continuent, avec leurs théories de malheur, à appauvrir la population française, est le rédacteur de ce rapport, intitulé Trajectoires
2020-2050.
Il explique que l’objectif de réduction des émissions de carbone doit être
porté à -30% au lieu des 20% retenus.
Le MEDEF, timidement, a eu l’audace de dénoncer l’objectif comme techniquement
impossible. Remarque stupide, car tout le monde sait bien, en France, que les professionnels de l’Industrie et du Commerce ne connaissent rien à l’industrie et au commerce, alors que les
spécialistes et experts des Ministères les maîtrisent parfaitement.
J’en arrive à la création d’emploi.
Selon le flamboyant « spécialiste », la réduction carbone développerait (il
emploie prudemment le conditionnel, des fois qu’on lui demande des comptes) la croissance et l’emploi. Comment ? Mais c’est très simple mon cher Watson : il suffit de vendre les quotas de carbone
40 euros la tonne, afin de procurer au gouvernement des revenus supplémentaires.
Aujourd’hui, le carbone est « donné » aux entreprises. Manque à gagner pour
l’état, s’écrie le lumineux « expert » ! Vendons-le, au lieu de le donner ! Ainsi « l’état recouvrira des sommes plus importantes qui pourront servir à alléger les charges sociales des
entreprises et au soutien de l’innovation, et donc créer des emplois par voie de ricochet ».
Résultat dit l’auteur : +125.000 emplois d’ici 2020.
Décodage.
De la main droite, on pompe de l’argent aux entreprises au travers d’une
nouvelle taxe carbone (40 euros la tonne). Donc les entreprises s’appauvrissent du montant de cette nouvelle taxe. Donc les entreprises françaises seront un peu moins compétitives. Elles
dégageront moins de profits. Elles auront tendance à embaucher moins, et/ou à affecter moins d’argent à la R&D. Elles dégraderont leur compétitivité par rapport aux concurrents étrangers,
plus innovants. L’expert n’a pas vu ça. Normal, c’est un expert.
Puis de la main gauche, on REDONNE des aides financières aux entreprises, sous
la forme d’allègements de charges et de soutiens, et donc, nous explique l’expert, les entreprises vont pouvoir embaucher !
L’Etat prend de la main droite, se sert au passage parce qu’il faut bien vivre,
donne de la main gauche, et appelle ça des aides à la croissance et à l’emploi.
Peut-être que ces aides permettront d’embaucher des salariés – si les
entreprises en ont besoin. Mais elles auraient embauché de toutes façons, si l’Etat ne les avaient pas plombé de cette nouvelle taxe. Résultat : zéro embauche.
Et si, au lieu d’embaucher, l’entreprise décide, prudente, et pour sauvegarder
ses emplois existants, de conserver en réserve ces allègements, et faire face à des périodes de vaches maigres ? Zéro embauche.
C’est ainsi, de taxes en impôts, de charges en prélèvements, que l’Etat tue la
richesse, tue l’emploie, tue la créativité, tue la croissance, et accuse la finance internationale, le mondialisme, et le capitalisme sauvage. C’est ainsi que des concurrents moins dogmatiques
nous volent des marchés sous le nez.
C’est ainsi que la France a été ruinée chers
lecteurs.
Et je dois, hélas, faire une critique aux citoyens français : leur niveau de
compréhension et de curiosité pour l’économie est proche de zéro, au point qu’ils sont, parmi les pays occidentaux, les plus hostiles à la notion de capitalisme et de marché libre, et qu’ils ne
comprennent vraiment pas la mondialisation, et le parti qu’un pays innovant peut en tirer. Ils ne voient pas, par exemple, qu’un petit voisin comme la Suisse profite de la mondialisation quand la
France – du moins le croient ils, en souffre. Les économistes français sont de ce même niveau.
Avec des « experts » qui s’imaginent qu’en prenant la richesse d’un coté, et en
la distribuant de l’autre, on crée de la richesse, et qu’on aide la croissance et l’emploi, il n’est pas possible d’aller ailleurs que dans le mur. On peut juste choisir le mur. Et le même
raisonnement tordu est appliqué aux impôts sur le revenu.
Le fait que la gauche soit encore plus enfermée dans ce concept économique
mortel qui n’a JAMAIS fonctionné nulle part, ne doit pas faire croire que l’UMP, ou le FN ont la solution.
Aucun parti politique majeur n’a, en France, adopté le programme simple qui
permettra à la France de retrouver croissance, richesse, bien vivre, pouvoir d’achat, et plein emploi. Il eut suffit de consulter les Suisses, ces riches et efficaces voisins, de prendre des
leçons avec humilité, et d’appliquer, avec quelques adaptations, leurs recettes.
Au lieu de cela, un idiot signataire du rapport, un médiocre économiste : la
politique économique de la France résumée.
Un dernier mot sur ses chiffres.
En décembre 2010, personne n’aurait pu prévoir le « printemps arabe » qui
allait bouleverser les équilibres géopolitiques du Moyen-Orient six mois plus tard.
En novembre 2011, personne ne peut prévoir les réactions des Etats Unis et
d’Israël vis à vis du nucléaire iranien, et leurs conséquences sur le prix du pétrole, donc sur l’économie mondiale.
En novembre 2011, ni Sarkozy, ni Merkel, ni Obama, ne savent comment sauver
l’euro.
Et l’expert de mes deux, grassement payé avec de l’argent emprunté qu’on ne
sait pas comment rembourser, promet l’embauche de 125.000 emplois dans neuf ans.
Quelle tristesse.
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et le lien ci dessous :
Aux auteurs de Shoah Hebdo, je dis merci ! - par Jean-Patrick Grumberg
Un pied nickelé m’a fait un beau cadeau.
Avec ce qu’il utilise en guise de cerveau, un bloggeur du nom de Lecorbeau a plagié la couverture de Charlie
Hebdo, et a publié un « Charlo Hebdo » rebaptisé Shoah Hebdo, agrémenté de quelques propos antisémites que le BNVCA et la justice française, j’en suis sûr, apprécieront à leur juste
valeur.
Mais là n’est pas mon propos.
Je passe sur le fait que ce sont les Juifs, que ce fasciste banal a visé pour faire son caca nerveux et
canaliser son mal être, comme les indignés antisémites de Occupy Wall Street.
Je passe aussi sur le fait que si Charlie Hebdo a blasphémé une religion, ce que la loi autorise, il est
resté parfaitement respectueux des musulmans. A l’inverse, Lecorbeau, mais pouvait-il comprendre la différence, s’en prend non à la religion juive, mais aux Juifs eux-mêmes, ce qui est la
définition de l’antisémitisme, sanctionné par la loi.
Ainsi, écrire « Au
nom de la liberté d’expression je dénonce donc le juif marchandeur, le juif menteur et le juif voleur » laisse imaginer qu'il a une sérieuse incompréhension de la loi
française.
Après la publication de cette couverture pastiche, avez-vous entendu parler de menaces ? De bureaux incendiés
? De sites internet hackés et d’hébergeur menacé de mort ? De « juifs extrémistes » déchainés ? Rien de toute cela, et merci Lecorbeau, d'avoir défendu la cause des Juifs. Vous avez apporté la
preuve, s'il en était encore besoin, que les Juifs sont des gens évolués, civilisés, respectueux des lois, tandis que les islamistes se comportent en barbares et en terroristes.
Et comme je lis, sur votre blog, que vous êtes antisioniste, vous apportez en outre la preuve
supplémentaire qu'antisioniste et antisémite ne font qu'un. Merci Lecorbeau : je ne pouvais pas espérer plus beau cadeau pour terminer ma journée.
Sans surprise, Alain Soral a repris, sur son site, la couverture Shoah Hebdo. Il souligne, j'en suis sûr sans
le vouloir, mais lui aussi doit avoir le cerveau bien encrassé, la moralité juive et la sauvagerie islamiste.
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Lors d’une conversation secrète avec Obama, Sarkozy traite Netanyahu de menteur - par Jean-Patrick Gumberg
Suite à une maladresse des services de l’Elysée, une
conversation privée d'environ trois minutes qui avait lieu dans une pièce à part, entre Obama et Sarkozy a pu être entendue par une dizaine de journalistes. Arrêt sur Image en reproduit ci
dessous la teneur :
« Obama a d'abord reproché à Sarkozy de ne pas l'avoir prévenu qu'il allait voter en faveur de l'adhésion de
la Palestine à l'Unesco, alors que les Etats-Unis y étaient fermement opposés. La conversation a ensuite dérivé sur Benyamin Nétanyahou, le Premier ministre israélien. Sûrs de ne pas être
entendus, les deux présidents se sont lâchés. "Je ne peux plus le voir, c'est un menteur", a lancé Sarkozy. "Tu en as marre de lui, mais moi, je dois traiter avec lui tous les jours !", a
rétorqué Obama, qui a ensuite demandé à Sarkozy d'essayer de convaincre les Palestiniens de mettre la pédale douce sur leur demande d'adhésion à l'ONU. »
Et si la maladresse n’en était pas une ? Après avoir été accusé d’être derrière l’incendie
des bureaux de Charlie Hebdo, le Mossad est-il derrière cette fuite ? Le Quai d'Orsay a t-il voulu montrer à Israël ce qu'il faut comprendre lorsque le Président se déclare votre ami ? Netanyahu
est donc si efficace qu'il perturbe le Président de la première puissance mondiale ? Il va falloir le réélire !
Quels engagements Netanyahu aurait-il pris auprès de Sarkozy qui seraient mensongers ? Celui de faire cadeau
de Jérusalem aux colons arabes ? De leur offrir la Judée ? De renoncer à l'identité d'Etat Juif ?
Sarkozy parle t-il des mensonges de Netanyahu en expert ?
En conclusion, je dois dire que si Netanyahu a menti à Sarkozy, dans un monde diplomatique fait de
duperies, de lâchetés, de traitrises (Sarkozy ne s’était-il pas déclaré l’ami d’Israël, tout en votant contre lui chaque fois que l’occasion lui en a été donnée), de retournements de vestes, «
d’intérêts supérieurs de la nation », et de manœuvres personnelles qui servent à masquer d’éventuels dossiers de corruption qui dérangent, je n’ose imaginer comment Sarkozy est perçu, en privé,
par Angela Merkel, par David Cameron, par Berlusconi, par Papandreou, bien entendu par Netanyahu, et aussi et surtout par les dirigeants chinois auprès de qui il fait la manche et qui
lui ont donné, il y a deux jours, une humiliante petite leçon d’économie.
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Renseignement : Menace de génocide nucléaire iranien et options israéliennes- par Jean-Patrick Grumberg
Alors que la menace nucléaire iranienne revient sur le
devant de la géopolitique, avec la publication, la semaine prochaine, du nouveau rapport, accusateur, de l’Agence Internationale à l’Energie Atomique, et que Nicolas Sarkozy, lors du G20, a promi
« de ne pas rester les bras croisés, si l’existence d’Israël était menacée », il m’a semblé utile de s’éloigner du discours superficiel et agité du petit Président Français, et de publier cette
enquête.
Le Figaro (1) rapporte ces propos d’Efraim Halevy, ancien directeur du Mossad : « Nous sommes en guerre
contre l'Iran. La plus grande partie de cette guerre est clandestine. Et les deux parties ont intérêt à ce qu'elle reste secrète ».
Richard L. Rubenstein a publié aux Etats-Unis une étude approfondie, qui vient d’être traduite en français
sous le titre ‘Jihad et Genocide
Nucléaire’
*.
« Probablement l’analyse la plus profonde publiée à ce jour sur l’acquisition de l’arme nucléaire par
l’Iran », conclut Michel Gurfinkiel qui ajoute « on souhaiterait que chaque ministre et chaque député, en Europe et en France, prenne le temps de consulter cet ouvrage ».
Extraits, avec l’aimable autorisation de l’éditeur (2) :
Les capacités d’opposition d’Israël à la menace nucléaire iranienne.
Israël n’est pas dénué de moyens de faire face à la menace iranienne. Selon le Wall Street Journal, lorsque
son équipe éditoriale, au cours d’une conférence le 2 avril 2009, demanda à l’amiral Mike Mullen, président du Comité des chefs d’état-major interarmées (US), « si Israël était en mesure de
causer des dommages significatifs aux dispositifs nucléaires de l’Iran », sa réponse fut simplement « Oui ».
Selon un des scénarios, Israël constate que l’Iran est déterminé à lancer une attaque nucléaire. Dans
l’incapacité de prouver cette attaque, les Forces de Défense Israéliennes (FDI) déclenchent une attaque préventive paralysante avant que les armes nucléaires iraniennes ne puissent être mises en
œuvre. Ce qui ne va pas sans difficultés. Néanmoins, certains observateurs de la sécurité considèrent cette action comme réalisable. Par exemple, Whitney Raas et Austin Long, l’un et l’autre
rattachés au MIT (Massachusetts Institute of Technology), en sont venus à cette même conclusion dans une étude publiée dans International Security. Selon eux, plusieurs conditions doivent être
réunies pour qu’une attaque israélienne réussisse : trois équipements iraniens doivent être mis hors-circuit, 1) l’usine d’eau lourde et les réacteurs de production d’uranium en construction à
Arak ; 2) le dispositif de transformation d’uranium à Isfahan ; et 3) le complexe d’enrichissement d’uranium à Natanz. La destruction du site de Natanz est capitale. La destruction des trois
sites exigerait vingt-quatre bombes de 5 000 livres (2 300 kg) et vingt-quatre bombes de 2 000 (900 kg). Étant données les capacités limitées de l’Iran en matière de défense terrestre et
aérienne, Raas et Long estiment que les FDI auraient besoin de trente-cinq F-15 et vingt-cinq F-16.
Raas et Long estiment que vingt-quatre avions israéliens doivent atteindre Natanz, six Isfahan et cinq Arak.
Ils auraient à franchir de grandes distances au-dessus d’un espace hostile avant d’atteindre leur destination, mais Raas et Long considèrent que c’est réalisable.
Pour que la défense iranienne puisse s’y opposer, ils estiment qu’il faudrait qu’elle abatte au moins un
tiers de l’aviation israélienne avant qu’elle n’atteigne ses cibles ; ce qui leur semble peu vraisemblable. Les avions israéliens, ou les missiles, pourraient également atteindre l’île Kharg,
d’où sont exportés 90% du pétrole iranien, infligeant ainsi un sérieux dommage à l’économie de l’Iran.
Raas et Long n’envisagent pas la possibilité que la Russie puisse livrer à l’Iran son système de missiles
sol-air le plus moderne, le système SA-20, dénommé aussi S-300, lequel est réputé pouvoir atteindre une centaine de cibles en lançant jusqu’à douze missiles à la fois, et est beaucoup plus
résistant aux détections électroniques que les précédents. Le 18 décembre 2008, l’Agence russe d’informations (RIA) annonça que la Russie était en pourparlers pour livrer ce système à l’Iran. Un
tel déploiement opérationnel représenterait « un obstacle presque insurmontable » pour les forces de défense israéliennes conventionnelles. L’acquisition de ce système par l’Iran compliquerait
aussi beaucoup tous les plans des États-Unis pour vaincre les capacités nucléaires de l’Iran avec des armes conventionnelles.
À l’heure où j’écris, on ne sait pas si la Russie a livré ce complexe à l’Iran. Depuis plusieurs années la
Russie promet à l’Iran une technologie nucléaire, mais elle ne cesse d’en retarder la livraison. Cela met les Russes dans une situation avantageuse vis-à-vis des États-Unis, qui pourraient
s’inquiéter davantage d’un Iran équipé d’un système complexe de défense aérienne que du transfert de la technologie nucléaire. Selon une source, les Russes pourraient se servir du Moyen-Orient «
comme d’un levier pour obtenir des concessions de la part des États-Unis au sujet de leurs voisins immédiats ». L’invasion de la Géorgie par la Russie en août 2008 a rappelé que les Russes
refusent toute ingérence américaine sérieuse en ce qui concerne ce pays, la Biélorussie, l’Ukraine et les pays d’Asie Centrale autrefois membres de l’Union Soviétique. La menace d’équiper l’Iran
d’un système très performant de missiles sol-air pourrait être la manière russe de persuader une Amérique enlisée en Afghanistan de ne pas intervenir dans sa stratégie. Et de fait, le 17 février
2008, la nouvelle parut dans la Pravda selon laquelle la Russie reportait la livraison du système de missiles S-300, « dans l’espoir que cela renforcerait ses liens avec les États-Unis
».
Il est aussi possible qu’Israël prenne des contre-dispositions électroniques pour mettre en échec le système
S-300.
En août 2008, un haut-fonctionnaire de la défense en Israël déclara que « si le système était livré, un
dispositif EW [guerre électronique] sera vraisemblablement mis en place pour le neutraliser ». Il ajouta que « aucune nation ne voudra acheter ce système s’il est prouvé qu’il est inefficace ».
Nous reviendrons plus loin sur les dispositifs électroniques que pourrait installer Israël.
D’autres Israéliens croient qu’une attaque préventive est la seule option. Et quoiqu’une telle attaque doive
d’abord se concentrer sur des objectifs militaires, les Iraniens, de leur côté, ont clairement annoncé qu’ils ne feraient pas de différence entre objectifs militaires et objectifs civils. Les
Israéliens doivent prendre en compte de possibles tirs de missiles venant simultanément d’Iran, de Syrie, du Hezbollah et du Hamas. Une fois l’escalade commencée, comprenant que c’est leur
existence-même qui est en jeu, les Israéliens pourraient se sentir contraints d’utiliser leur arsenal nucléaire en direction de cibles civiles.
Il y aurait alors, sans aucun doute, une riposte iranienne. Israël et l’Iran ont des capacités de seconde
frappe. Le 17 janvier 2008, la radio israélienne annonça que le pays avait expérimenté avec succès un missile balistique de longue portée à charge non conventionnelle. Le même jour, le président
Ahmadinejad déclara au cours d’une interview journalistique que « le régime sioniste … n’oserait pas attaquer l’Iran. La riposte iranienne le leur ferait regretter et cela ils le savent ». En
d’autres occasions, l’Iran a menacé d’envoyer, en riposte à une attaque israélienne, ses missiles et ceux du Hezbollah.
En novembre 2007, Anthony Cordesman, du Centre d’Études stratégiques et internationales de Washington (CSIS),
un analyste très estimé en matière de sécurité, ancien directeur des évaluations stratégiques auprès du Secrétaire à la Défense, examina les conséquences de l’échec probable des efforts
diplomatiques destinés à empêcher l’Iran d’acquérir un arsenal nucléaire. En mars 2009, Cordesman et Abdullah Toukan, expert associé au Centre, présentèrent déjà une nouvelle étude sur le même
sujet.
Cordesman partait de cette prémisse : l’acquisition d’armes nucléaires par l’Iran plongerait le monde dans la
menace constante d’un échange nucléaire entre Israël et l’Iran.
Dans la première étude, Cordesman s’opposait à Rafsanjani qui affirmait qu’à l’issue d’un tel échange Israël
serait complètement détruit, tandis que l’Iran – quoique gravement touché – serait capable de survivre : Cordesman défendait la thèse inverse, Israël causerait d’énormes pertes en hommes, entre
seize et vingt-huit millions d’Iraniens périraient lors des vingt-et-un premiers jours, avec un nombre incalculable de morts à plus long terme. Quant à Israël, il aurait probablement entre deux
cent mille et huit cent mille morts. Passés les vingt-et-un premiers jours, le nombre des décès pourrait beaucoup s’accroître. Le facteur crucial qui permet de minimaliser les pertes sur le long
terme étant la compétence de la défense civile et les équipements de santé publique ; Israël possède là une avance considérable. En théorie, il lui serait possible de se reconstituer
démographiquement et économiquement. Mais « un rétablissement iranien n’est pas possible, au sens courant de ce terme ».
Selon Cordesman, la différence entre les résultats prévisibles proviendrait de la disparité des deux
armements. On s’attend à ce que l’Iran dispose de moins de cinquante bombes, en majorité des bombes à fission, développant généralement une puissance de vingt à trente kilotonnes, jusqu’à cent
kilotonnes pour certaines. Une bombe de cent kilotonnes peut provoquer des brûlures du troisième degré sur une distance de huit miles (environ treize kilomètres) ; une bombe d’une mégatonne les
mêmes blessures sur vingt-quatre miles. On pense qu’Israël possède plus de deux cents bombes nucléaires à fission suralimentée ou à fusion, la plupart d’une puissance allant de vingt à cent
kilotonnes, certaines d’une mégatonne, et équipées de systèmes d’envoi précis et sophistiqués.
Dans leur étude de 2009, Cordesman et Toukan présentent une thèse plus précise de la capacité d’Israël à
déclencher une attaque nucléaire contre l’Iran : « Une attaque militaire d’Israël contre les installations nucléaires iraniennes est possible et la meilleure route pour cela passerait le long de
la frontière entre la Syrie et la Turquie, puis à travers une petite partie de l’Irak avant de pénétrer en Iran, et de revenir par la même voie. Cependant, étant donné le nombre d’avions requis,
être ravitaillé en cours de route et atteindre des cibles sans être détecté ou intercepté est une mission complexe à hauts risques et rien ne prouve que la mission globale atteigne un taux de
réussite élevé ».
En fait, aucun des deux camps ne pourrait « gagner » une telle guerre.
Le scénario de Cordesman, selon lequel Israël pourrait survivre à la perte de huit cent mille personnes et
aux dommages infligés à son infrastructure, me paraît profondément douteux même si Israël paraît capable d’infliger de plus grandes pertes à l’Iran. Si Cordesman voit juste quant à la capacité de
survivre d’Israël, celui-ci devrait réserver une partie de son arsenal nucléaire afin de s’assurer qu’aucune autre puissance ne puisse tirer parti de ces frappes. Si l’Égypte ou la Syrie étaient
tentées d’attaquer, ou même se préparaient à le faire, leurs centres urbains et les équipements comme le barrage d’Assouan et même le canal de Suez seraient détruits selon toute vraisemblance
avec d’énormes pertes en vies humaines.
Le titre de l’étude de Raas et Long – « Retour à Osirak ? Estimation de la capacité d’Israël à détruire les
installations nucléaires iraniennes » – indique la différence de vue entre leur étude et celle de Cordesman. Raas et Long s’intéressent surtout à la capacité d’Israël de détruire les sites
nucléaires de l’Iran, tandis que Cordesman suppose que les deux camps seraient vite contraints de prendre pour cible les populations civiles de l’autre. Hélas, il y a des circonstances qui
pourraient faire apparaître de tels massacres de masse sans précédent comme la meilleure option d’Israël confronté à la menace imminente d’une destruction totale.
Un scénario plus audacieux, mais non moins pessimiste, est dû à Andrew F. Krepinevich, président du Centre de
prévision budgétaire et stratégique de Washington.
Krepinevich intitule son chapitre d’étude sur Israël et l’Iran : « Armageddon : l’attaque d’Israël
».
Il ouvre et clôt ce chapitre par une réflexion sur l’été de 1914, lorsque les grandes puissances européennes
s’orientaient vers une guerre que nul ne désirait et que presque tous s’attendaient à être de courte durée. Au lieu de quoi « des formations massives de soldats, de l’un et l’autre camps, furent
fauchées par les puissances de feu modernes, laissant une tache ineffaçable sur la profession militaire et une cicatrice sur les nations européennes ». Selon Krepinevich, « les récents événements
du Moyen-Orient ont mis la région – en fait le monde – dans une situation qui promet, si elle ne le garantit pas, une issue analogue aux événements cataclysmiques qui ont été déclenchés il y a un
siècle (…) ». Reste cependant une différence capitale. La guerre prochaine, à supposer qu’elle survienne, pourrait être « la première depuis presque soixante-dix ans au cours de laquelle des
armes nucléaires seraient employées ».
Dans le scénario de Krepinevich, l’Iran met en place un dispositif nucléaire en 2011. N’obtenant pas de
soutien pour des sanctions sérieuses de la part de l’ONU, les États-Unis répugnent à agir seuls. Dans un premier temps, le Hezbollah et le Hamas, mandatés par l’Iran, limitent leur attaque à des
tirs sporadiques de missiles à courte-portée ; puis – sous la pression de la détérioration de l’économie en Iran – ils intensifient leurs frappes, utilisant des missiles téléguidés de précision
et à longue portée, fournis par l’Iran. Un défi encore plus sévère atteint Israël lorsqu’un de ses navires de combat est touché et gravement endommagé par un « Silkworm » chinois, missile de
croisière anti-navire, tiré par le Hezbollah. Le commerce maritime d’Israël est exposé aux frappes et les ennemis d’Israël semblent avoir porté un coup décisif à son économie. Parmi les
possibilités qui s’offrent à Israël, il y a l’option « Armageddon » qui demande, en représailles, des attaques de missiles contre les installations portuaires d’Iran. Tandis que les Israéliens se
mobilisent, l’Iran menace Israël d’une destruction nucléaire totale.
Au beau milieu de la crise, le président iranien en appelle à la venue du Douzième Imam, au cours d’un
discours qui signifie, selon certains observateurs, que l’Iran est désireuse « de déclencher le feu d’une conflagration à grande échelle (…) incluant la possible utilisation d’armes nucléaires ».
(Il faut signaler que le scénario de Krepinevich est le seul qui prend en compte l’élément apocalyptique dans les discours officiels du gouvernement iranien).
Dans une tentative pour trouver une solution diplomatique, le président des États-Unis envoie à Téhéran le
Secrétaire d’État, première visite de ce type depuis la Révolution islamique, mais les États-Unis ont une faible emprise. Ils ne peuvent pas non plus déployer un système perfectionné de missiles
de défense dans la région parce que les iraniens interpréteraient vraisemblablement cela comme une volonté d’attenter à ses capacités nucléaires. Krepinevich cite ensuite le point de vue de Najaf
Ali Mirzai, ancien diplomate iranien, sur la force de l’Iran relativement aux États-Unis : « On trouve des partisans de l’Iran un peu partout – il y en a en Irak, il y en a en Afghanistan, ils
sont partout. Et vous savez, les soldats américains au Moyen-Orient sont les otages de l’Iran, dans une situation où la guerre est imposée à ce pays. Ils sont littéralement entre les mains des
Iraniens. Ceux-ci peuvent où ils veulent les prendre pour cible et ce ne sont pas les missiles “Patriot” qui vont les défendre, ni quoi que ce soit d’autre ». Cependant, en dépit de l’avantage
territorial apparent de l’Iran, les deux acteurs majeurs se dirigent vers une guerre que – comme celle qui commença en 1914 – « tous, vraisemblablement, regretteront ».
Dans tous les scénarios cités, si Israël se contente de détruire les installations nucléaires de l’Iran,
opération dont le succès est incertain, cela n’annulera pas la menace à long terme d’un génocide. Avec le temps, l’armement dévastateur et les équipements peuvent être rebâtis ou remplacés. La
colère et l’humiliation qui s’ensuivraient dynamiseraient la volonté de reconstruction et de vengeance. Cependant, à moins que l’Iran ne mette fin à l’acquisition d’armes nucléaires, Israël n’a
que peu de choix politiques, aucun n’étant satisfaisant. En dépit des risques évidents, une frappe préventive visant la population civile pourrait apparaître à certains Israéliens le choix le
plus raisonnable. Je tremble en écrivant ces mots, mais je rappelle à mes lecteurs que les dirigeants de l’Iran ont, de manière répétée, menacé de détruire complètement Israël, non l’inverse.
Dans ces circonstances, si la diplomatie échoue, le seul moyen pour Israël de prévenir une éventuelle revanche après une offensive contre les installations militaires serait de détruire d’abord
les centres urbains. Au plus près de la frappe préventive, la stratégie de « feu sur lancement » consisterait alors à viser ceux-ci juste au moment où serait connu le lancement des missiles
contre lui.
En déclenchant une attaque préventive ou un « feu sur lancement » visant les principales concentrations
urbaines iraniennes ainsi que les centres industriels, Israël pourrait infliger des dommages considérables. Et il ne dépendrait pas de la seule force aérienne, car il dispose du missile
Jéricho-3, un missile balistique sol-sol pouvant porter une tête nucléaire, chimique ou biologique, jusqu’à, dit-on, 4 500 kilomètres. Ce missile paraît pouvoir résoudre le viol d’un espace
aérien ennemi. De plus, Israël possède trois sous-marins « Dolphin Class » de fabrication allemande, capables d’envoyer des têtes nucléaires à 2 500 kilomètres. D’ailleurs, si Israël estime qu’il
doit frapper les principaux centres urbains, des tirs de haute précision ne sont pas même nécessaires.
Vingt pour cent environ de la population iranienne, soit douze à quatorze millions de personnes, vivent dans
la métropole de Téhéran, que Cordesman décrit comme « un bassin topographique (avec) un réflecteur montagneux » formant un espace « presque idéal pour une destruction nucléaire ». En raison de
l’abominable perte en vies humaines et des gigantesques perturbations de l’économie globale, cette stratégie se retournerait contre son auteur et ce serait une « victoire à la Pyrrhus ». En
supposant qu’Israël survive à la riposte iranienne, ses relations avec toutes les autres nations seraient empoisonnées pour de nombreuses années, avec de graves conséquences dans tous les aspects
de la vie israélienne. De quelque manière qu’on interprète leurs déclarations, les dirigeants iraniens envisagent depuis presque trente années un jihad génocidaire. Comme ils ont depuis le même
temps diabolisé Israël, les dirigeants iraniens et les partisans d’Ahmadinejad responsables de sa réélection en juin 2009, n’auraient vraisemblablement aucun scrupule à viser des centres civils
israéliens dès un premier assaut. En dépit de ces menaces, Israël ne peut pas déclencher une frappe nucléaire préventive sans devenir définitivement le paria du monde. La rage et la violence des
protestations occidentales lors de la guerre de Gaza ne seraient rien en regard de la violence de masse qui exciterait les Musulmans en colère et leurs alliés occidentaux en réponse à une telle
attaque israélienne – aussi nécessaire soit-elle contre un Iran préparant une frappe nucléaire. Cette violence très vraisemblable qui répondrait à l’attaque serait
incontrôlable.
Malheureusement, un élément crucial des estimations israéliennes est que l’on ne peut après Hitler ignorer ou
nier les menaces iraniennes comme s’il s’agissait d’exagérations. En cas de crise nucléaire, l’inaction ou l’action inefficace équivaudrait au suicide de la nation.
Benny Morris, éminent historien israélien, a esquissé le scénario de loin le plus triste. Un proverbe arabe
dit ceci : « Mange-les au déjeuner avant qu’ils ne te dévorent au dîner ». Quoique cela puisse être le choix cruel qui guette Israël dans un futur pas si lointain, Morris a déclaré que celui-ci
n’oserait pas opter pour cette voie fatale et que l’Iran utiliserait ses missiles balistiques Shahab III et IV pour infliger à Israël une seconde Shoah, peut-être même plus destructrice : « Par
un clair matin, dans cinq ou dix ans, une journée ou une année après l’acquisition de la bombe par l’Iran, à Qum les mollahs convoqueront une réunion secrète (…) et donneront au président
Ahmadinejad, alors en son deuxième ou troisième mandat, l’aval fatidique ».
À la différence d’Anthony Cordesman qui pense qu’Israël pourrait mieux survivre que l’Iran à une attaque
nucléaire, Morris estime qu’Israël est incapable de résister à une attaque bien préparée et coordonnée. Selon lui, à la différence de la première Shoah, la seconde n’entraînerait aucune
culpabilité de la part de ses auteurs et de ses témoins. En fait, ce serait même vraisemblablement une importante occasion de réjouissance dans une bonne partie du monde musulman. Que ce soit «
la rue » ou l’élite, les Musulmans ont été « éduqués » par une gigantesque et continuelle propagande s’efforçant toujours d’accuser les Juifs et le sionisme d’être « l’incarnation absolue du mal
» ; l’impératif catégorique religieux est donc qu’« Israël soit détruit ». Parallèlement, dans un effort de diabolisation, la plupart des médias occidentaux, particulièrement en Europe, ont
diffamé Israël en l’accusant d’être « un État raciste oppresseur », « un anachronisme en trop » dans une époque multiculturelle.
Morris soutient qu’Israël, isolé sur le plan international, sera paralysé par l’indécision, espérant contre
toute espérance que l’Iran agira « rationnellement ». Mais cet espoir se révélera chimérique. « Les Iraniens lanceront leurs missiles (continue Morris). Et, comme lors de la première Shoah, la
communauté internationale ne fera rien. Tout sera terminé pour Israël, en quelques instants ».
Le scénario de Morris est de loin le plus effrayant et le plus affligeant. Il faut pourtant le prendre au
sérieux.
Morris a été un observateur bien informé d’Israël et de ses conflits pendant des décennies. Il connaît le
peuple et ses dirigeants bien mieux que la plupart des autres analystes. Il ne discute même pas de la capacité de réplique des sous-marins nucléaires israéliens, peut-être en raison de sa
conviction que, quoiqu’il en coûte à leur peuple, les Iraniens anéantiront Israël à l’heure de leur choix, croyant fermement que Allah protégera l’Iran, ou que la destruction d’Israël n’a pas de
prix trop élevé.
Morris n’examine pas non plus « l’option Samson ». Depuis la naissance de l’État d’Israël, il y a eu des
dirigeants musulmans qui n’ont pas hésité à menacer d’extermination les « sionistes », l’État hébreu et son peuple, quoiqu’ils ne disposaient pas des forces dont l’Iran dispose ou dont il
disposera dans un avenir prévisible. Il était bien sûr inévitable que les dirigeants israéliens réfléchissent aux réponses possibles devant le scénario du pire, mais une réponse fut écartée : il
ne se produirait pas une seconde Shoah telle que l’envisage Morris ; aucun ennemi ne referait ce que les Allemands ont infligé aux Juifs d’Europe.
Il y a eu un moment, lors de la guerre de 1973, où les dirigeants ont craint le pire, mais ils ont toujours
refusé de répéter l’épisode de Massada. Après que les Romains détruisirent le second Temple en 70, les survivants zélotes se retranchèrent dans la forteresse de Massada où ils firent front
pendant trois ans à la dixième légion romaine. Lorsque la résistance devint désespérée, ils mirent fin à leurs jours, à ceux de leurs épouses et de leurs enfants, plutôt que de se rendre aux
Romains et d’endurer l’esclavage ou pire. Neuf cent soixante Juifs moururent à Massada. En mourant, ils n’entraînèrent pas leurs ennemis dans la mort. Au contraire de Samson, rendu aveugle par
les Philistins. La Bible décrit ainsi la vengeance de Samson : « Que je meure avec les Philistins ». Et Samson s’arc-bouta avec force et le temple de Dagon (la divinité principale des Philistins)
« s’écroula sur les tyrans et sur tout le peuple qui s’y trouvait. Les morts qu’il fit mourir par sa mort furent plus nombreux que ceux qu’il avait fait mourir durant sa vie ».
Si le choix de Samson était suivi par un Israël condamné, cela entraînerait dans la ruine la majeure partie
du Moyen-Orient. Menacer quelque nation d’extermination est dangereux, singulièrement si elle est équipée d’armes de destruction massive. Agir ainsi envers les Israéliens après la Shoah confine à
la démence !
Examinons finalement une hypothèse un peu plus optimiste due à Jérôme Gordon, ancien officier des services de
renseignements.
Notant bien que les scénarios de Cordesman et Toukan, datés de 2009, impliquent un ravitaillement au-delà de
la frontière turco-syrienne à la fois à l’aller et au retour d’Iran, Gordon soutient que « les Forces de l’air israéliennes (IAF) auront du mal à trouver un endroit où les avions ravitailleurs
puissent naviguer sans être repérés par les Syriens ou par les Turcs ». Il indique que l’attaque réussie d’Israël contre le réacteur nucléaire syrien le 6 septembre 2007 a cependant « démontré la
maîtrise des contre-mesures électroniques (ECM) par l’IAF et sa capacité à déjouer les détections radar ». Et encore : « Les manœuvres jointes des armées de l’air israélienne et grecque l’été
dernier (2008) ont montré la capacité de l’IAF à piéger (par des moyens électroniques) le système de missiles anti-aérien russe S-300 ».
Et il poursuit en indiquant que les missiles de croisière Typhoon, équipés par la marine israélienne de têtes
porteuses conventionnelles ou nucléaires, peuvent être lancés contre des cibles iraniennes depuis les sous-marins rapides Dolphin, qui naviguent soit en Méditerranée Orientale, soit en mer
d’Arabie au-delà du détroit d’Ormuz.
Il ajoute qu’Israël est aussi en mesure, avec ses missiles balistiques Jericho II et III, de déclencher une
attaque par Impulsion Électromagnétique (EMP) contre le réseau électrique et le système de commande et contrôle iraniens, désorganisant toute l’économie du pays, en particulier son programme de
développement nucléaire. Les Jericho III pourraient être équipés d’une faible charge nucléaire – moins de trois kilotonnes – pouvant être déclenchée à basse orbite, moins de quarante kilomètres.
Les dommages collatéraux d’une telle attaque israélienne EMP contre l’Iran pourraient être la destruction des satellites à basse orbite voisins de l’attaque et la détérioration des réseaux et
complexes électriques des États arabes du Golfe. En cas de succès, une telle attaque diminuerait d’autant les risques du côté israélien.
Gordon conclut son analyse par une réflexion sur un autre atout possible d’Israël : « Étant donné son rang
mondial dans les prouesses de la guerre cybernétique, Israël pourrait bien disposer déjà d’une autre option non-conventionnelle, à savoir le piratage du réseau pilotant les installations
nucléaires de l’Iran. Cela pourrait viser en même temps le réseau de contrôle et de commande des Gardes de la Révolution, tout en évitant les pertes liées à l’aviation et aux missiles lors d’une
attaque conventionnelle ».
Richard L. Rubenstein
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