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04 Feb

Analyse : Guy Millière - OBAMA, MOUBARAK ET ISRAEL

Publié par David  - Catégories :  #ANALYSE

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OBAMA, MOUBARAK ET ISRAEL 

Que ce qui survient en Égypte soit né d’une décision délibérée et calculée de la part de l’administration Obama est très probable. Que ce soit aussi, au-delà de la décision délibérée et calculée, une forme d’explosion devenue non maîtrisable est très possible aussi. Et je pense qu’il y a eu (et qu’il y a) un peu des deux. Il

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n’en reste pas moins que  les événements de ces derniers jours resteront attachés de manière indélébile au nom de Barack Obama, et constitueront sur son parcours une tache très sombre.  Obama sera l’homme qui a contribué à plonger l’Égypte dans des jours de convulsion, et celui qui a pris le risque insensé de voir toute la région glisser sous l’emprise de l’islam radical.

Sous la présidence Bush, on savait à la Maison blanche que la situation en Égypte était dangereuse, et on n’ignorait pas la place et le rôle, cruciaux, de l’Égypte dans l’existence d’une paix relative au Proche Orient. On exerçait des pressions sur Moubarak aux fins qu’il procède à des réformes en direction d’une démocratisation graduelle, d’un plus grand respect des droits élémentaires, de changements économiques, de lutte contre la corruption. Les discours de Bush et de Condoleeza Rice sur le sujet sont là pour en attester. On savait jusqu’où les pressions pouvaient aller et qu’au vu du contexte, celles-ci ne pouvaient pas aller trop loin. On savait l’existence et le poids des Frères musulmans et ce que seraient les conséquences d’une emprise de ceux-ci s’ils parvenaient au pouvoir, ainsi que les conséquences de cette emprise, le cas échéant, sur Israël et sur toute la région.

Dès l’arrivée au pouvoir de Barack Obama, tout a changé. On fit savoir à Moubarak que plus aucune pression ne serait exercée sur lui et que plus aucune réforme ne serait exigée de lui. En parallèle, comme si la main droite n’était pas concernée par ce que faisait la main gauche, on exerça un rapprochement avec les Frères musulmans et diverses organisations clandestines aux fins de préparer un renversement de  Moubarak, sans  prise en compte des conséquences, voire en semblant souhaiter celles-ci.

Aujourd’hui, nous en sommes au moment où le renversement a été enclenché. En bonne partie grâce à ceux avec qui on a exercé un rapprochement. Nous en sommes aux conséquences découlant de l’enclenchement du renversement. Nous en sommes à ce que Moubarak peut légitimement considérer comme une trahison, puisqu’en cessant de faire pression sur lui et d’avoir des exigences à son égard, et en le traitant en allié respecté, on a, en parallèle, œuvré secrètement et activement contre lui. Nous en sommes à une situation où  ceux qu’on présentait voici peu comme les ennemis absolus du régime, des États-Unis, d’Israël, du monde libre, peuvent se sentir confortés, légitimés, encouragés.

Ce qui peut résulter est soit, ce qui serait le moindre mal, un changement de régime et une passation des pouvoirs à un général, Omar Soleimane sans doute, et c’est l’issue la plus vraisemblable : mais aussi proche soit-il des États-Unis et d’Israël, ce général devra tenir compte de ce qui s’est passé, et s’ouvrir aux positions des Frères musulmans.

Ce qui peut résulter aussi, et la possibilité reste ouverte, sinon dès maintenant, tout au moins dans le moyen terme, est un passage à une prise de pouvoir directe (on indirecte façon Hezbollah au Liban) par les Frères musulmans.

Dans le premier cas, les relations entre les États-Unis et l’Égypte pourront subsister, mais seront marquées par une inéluctable défiance qui fera de l’Égypte un allié moins solide, moins fiable, mois proche, plus circonspect, voire un allié gardant rancune pour le traitement infligé à Hosni Moubarak. Les relations entre l’Égypte et Israël seront elles-mêmes différentes de ce qu’elles étaient, et l’Égypte sera plus hostile envers Israël.

Dans le second cas, les relations États-Unis Égypte seront très profondément détériorées, voire anéanties, les relations Égypte Israël seront ramenées peu ou prou à ce qu’elles étaient dans les années 1970, avant que l’Égypte reconnaisse Israël et que soit signé un traité de paix : Israël sera à nouveau l’ennemi que l’Égypte cherchera à détruire, directement, ou indirectement.

Dans le premier cas,  ce ne sont pas simplement les liens Égypte États Unis qui seront détériorés ; ce sont les liens des États-Unis avec tous leurs alliés dans le monde arabe, et, au-delà, toutes les possibilités pour les États-Unis d’avoir une influence et un poids dans la région. Et Israël s’en trouvera plus isolé, plus menacé.

Dans le second cas, un effet de contagion et d’entraînement jouera sans doute. Les États-Unis seront exclus du Proche-Orient arabe. Trente ans après la naissance de la République islamique d’Iran, ils apparaîtront comme ayant fait naître une autre République islamique qui sera en actes, même si elle ne porte pas ce nom, la république islamique d’Égypte. Ils apparaîtront aussi comme ayant brisé les accords de paix entre l’Égypte et Israël, et comme ayant  placé Israël dans une position dangereuse pour sa survie et face à la nécessité de chercher d’autres alliances.

Dans le premier cas, ce sera un accident très grave. Dans le second cas, ce sera le plus grand désastre diplomatique et géopolitique subi par les États-Unis depuis les années Carter, voire depuis la fin de la Première Guerre Mondiale.

On peut se demander si Obama et ceux qui l’entourent ont conscience de ce qu’ils font, et à quel degré.

On ne peut pas tout excuser en invoquant la maladresse et l’imbécillité. Il y a eu, disais-je en commençant, une non maîtrise des événements une fois ceux-ci enclenchés. Mais il y a eu, je le disais aussi en commençant, une décision délibérée et calculée.

On ne prépare pas un renversement de Moubarak sans qu’il y ait une volonté de le voir renversé.

On ne noue pas des relations avec les Frères musulmans sans savoir qui sont ces gens.

Il y a, chez Obama, de l’inexpérience, mais il y a aussi du cynisme et une certaine vision du monde.

Obama est un idéologue formé à l’école de l’extrême-gauche. Il veut un monde où les États Unis seraient plus faibles et où les dictatures antiaméricaines seraient plus fortes : simplement parce qu’il ne voit pas dans les États-Unis une force au service de la liberté, et parce qu’il n’est pas fondamentalement attaché à la liberté. J’ai dit dans d’autres textes qu’il voulait un monde plus sûr pour les dictatures anti-occidentales : je persiste et je signe. J’ai dit aussi qu’il faisait preuve de mansuétude vis-à-vis de l’islam radical : je persiste et je signe aussi.

Obama veut en outre un monde où le conflit israélo-arabe serait résolu, sur un mode qui ressemble fort à la vision arabe et islamique de la résolution du conflit : simplement parce qu’il partage fondamentalement la vision arabe et islamique d’Israël qui, dois-je le dire, n’est pas du tout favorable à Israël et est même porteuse d’une volonté de destruction d’Israël. J’ai dit dans d’autres textes qu’il voulait la disparition d’Israël: je persiste et je signe, là encore.

Savoir exactement qui est Obama permet de mieux comprendre ce que fait l’administration Obama et de n’avoir aucune illusion. Il se dit au Caire que Moubarak et son entourage auraient commandés des ouvrages américains tels queThe Manchurian Candidate de Aaron Klein. C’est une lecture utile. J’ai écrit un livre sur Obama, sorti voici quelques mois, et qui me semble plus que jamais d’actualité.

Ignorer qui est Barack Obama est aujourd’hui pratiquer un aveuglement volontaire qui entraîne d’autres aveuglements.

Je n’ai ici pas parlé de démocratie, direz-vous : c’est parce que ni Obama, ni ceux avec qui l’administration Obama a travaillé au renversement d’Hosni Moubarak n’a jamais envisagé de démocratie. Ou alors un vote, une seule et unique fois, si possible avec une seule pile de bulletins.

Le tort de Zine Ben Ali en Tunisie n’était pas d’être un dictateur, mais de n’être ni anti-américain ni vraiment anti-israélien.

Le tort de Hosni Moubarak, quand bien même il a laissé passer à la télévision et dans la presse égyptienne des discours et des images antisémites, est de n’avoir pas été lui-même anti-américain ou vraiment anti-israélien.

Avez-vous remarqué qu’Obama n’a pas cherché à déstabiliser les dirigeants iraniens et n’a pas soutenu ceux qui manifestaient à Téhéran ? Le tort des manifestants de Téhéran était d’aspirer vraiment à la démocratie, de ne pas être anti-américains et de ne pas être vraiment anti-israéliens. Rien chez eux pour attirer la sympathie de l’occupant de la Maison Blanche.

Guy Millière – JSSNews : http://jssnews.com

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