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13 Oct

Censure : Nicolas Sarkozy peut dire « casse toi pauvre con », mais pas nous ?

Publié par David  - Catégories :  #LETTRES OUVERTES

 

Le Président de l’Assemblée Nationale veut censurer Drzz

 

J’ai reçu ce courrier le 6 octobre 2011, signé par le Président de l’Assemblée Nationale, Monsieur Bernard Accoyer.
 
Il fait suite à l’article que je publiais deux jours avant, « falsification de documents à l’Assemblée Nationale » (1), qui ne semble pas avoir été très apprécié.
http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcRx3lnqrlRJ9M-XRed1lpLvt3qn6MnB2NJEK7lgsIqCNd9sgIVPpg
 

 jean-patrick grumberg

Voici ma réponse à l’Assemblée nationale :
 
ooooo
 
Monsieur Accoyer,
 
Vous vous dites étonné, voire consterné, à la lecture de mon article. Très honnêtement, je n’ai pas vocation à écrire des berceuses pour aider à dormir.
 
Vous dites que j’ai livré les noms des fonctionnaires de l’Assemblée nationale à la « vindicte populaire ». 
 
Vous ignorez vraiment que leurs noms figurent sur les documents publiés sur le site de l’Assemblée Nationale ? Je ne les ai pas sorti d’une baguette magique, ces noms, mais d’un clic droit de ma souris sur vos pages.
 
Vous dites qu’ « un travail minimal d’approfondissement m’aurait permis d’éviter d’énoncer de telles contre-vérités », car M. Courtial, dont je dénonce le procédé que Madame la Sénatrice Claudine Lepage (2) qualifie de « procédé (qui) manque d’élégance et de hauteur de vue », « a fait usage de la faculté ouverte par l’article 84 du Règlement de l’Assemblée nationale… qui permet, par extension, à tout co-signataire d’une proposition de loi de retirer, dans les mêmes conditions, sa signature. »
 
J’ai eu beau me livrer à « un travail minimal d'approfondissement », et même à « un travail maximal d'approfondissement », je n’ai vu nulle part mentionnée cette extension de l’article 84. 
 
 
Une recherche sur Google ne m'a d’ailleurs pas apporté de meilleurs résultats. Je suppose que Google, avec ses 900.000 serveurs répartis sur 36 centres informatiques de par le monde, ne fait pas non plus « un travail minimal d’approfondissement ».
 
Vous écrivez : « c’est à bon droit…que les services ont procédé au retrait de signature… ‘selon la procédure habituelle’ »
 
 
La procédure est « habituelle » et il n’y a pas même un petit paragraphe dans le règlement ? Le citoyen doit jouer aux devinettes ? 
 
Pourquoi le retrait n’est-il pas porté, en toute transparence, à la connaissance de tous, alors que la liste des signataires est publique ? Pourquoi n'existe t-il aucune trace de débat, de rapport, de note, de mention, d'article, de commentaire, sur cette procédure habituelle ?
 
Je maintiens que le procédé qui consiste, pour ce député, à retirer sa signature en douce, pour se sortir d’une situation qui lui gratte le dos, quelques dizaines de minutes après la parution d’un article qui l’a dérangé, n’est pas précisément ce que le citoyen est en droit d’attendre du garant des valeurs bien comprises de la morale politique, et l’Assemblée ne devrait pas tolérer cette opacité.
 
Vous êtes, Monsieur le Président, au service de citoyens qui vous ont chargé d’assurer le bon fonctionnement démocratique. Votre tentative de me museler est votre vision de la tâche ? Juste parce que les mots que j’emploie sortent du langage lissé qui est permis au simple citoyen ? 
 

 
Nicolas Sarkozy peut dire « casse toi pauvre con », mais pas nous ? Avez-vous poursuivi Besson ou Villepin qui traitent de lâches leurs collègues socialistes ? Et ceux qui traitaient Laporte de connard et de voyou ? Ou Devedjian, qui traite Anne-Marie Comparini de salope !

Deux poids deux mesures ? Si vous souhaitez décrocher le mot « égalité » de votre fronton, je suis d’accord, mais seulement si on le remplace par « sexualité ».

Mon devoir, quand je suis tombé sur la modification sournoise de la proposition de loi, est de provoquer le débat, et le débat, en France, ne se provoque pas avec des mots doux – car je n’ai pas la puissance de tir de TF1. 
 
Il est de mon devoir d’user de la démesure des mots, et des gestes du bateleur de foire pour me faire entendre. C’est mon devoir Monsieur le Président, car Georges Clémenceau disait aux bloggeurs : « La démocratie, c'est le pouvoir pour les poux de manger les lions ».
 
La police de la pensée, que je ne m’attendais pas à trouver sous la plume du Président de l’Assemblée nationale, devra baisser la tête. Je m’y emploie : quel plus beau combat pour la liberté de parole ?
 
Mon intention est de la faire crever, cette police de la pensée. 
 
Elle terrorise le débat démocratique. Ni Le Monde, ni le Nouvel Obs, ni France 2 ne le feront : ils sont tout à la fois le flic, l’indic, et le receleur. Je prendrai des coups c’est certain. Notre société est si malade que les premiers coups doivent venir du législateur qui devrait être mon soutien, mon défenseur ?
 
Ceci étant mis au clair, et avant de conclure, je vous informe que conformément à l’article 295 alinéa 28907 paragraphe 129070 du Règlement de Drzz, j’ai fait usage de la faculté de retrait, et j’ai supprimé de mon article une coquille, que vous m’avez aimablement signalée, un mauvais copié collé, qui m’avait fait prendre une fonctionnaire pour la secrétaire du Président du groupe parlementaire UMP. Je présente mes excuses à cette fonctionnaire, surtout si elle vote PS.
 
J’ajoute que si vous souhaitez me poursuivre en justice, car je ne vais pas supprimer mon article, il va falloir vous dépêcher. Si la proposition de loi de M. Courtial (c’était bien la sienne, avant qu’il se débine) visant « à permettre la perte de nationalité pour les citoyens non domiciliés fiscalement en France » passe, étant moi-même Français de l’étranger, vous aurez à poursuivre un apatride ou un étranger sur son sol.
 
Veuillez croire, Monsieur le Président, en l'assurance des mes sentiments les meilleurs.
 
Jean-Patrick Grumberg.
 
Reproduction vivement encouragée, avec la mention suivante et le lien ci dessous :
© Jean-Patrick Grumberg pour www.Drzz.fr
 
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