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05 Apr

Et si Obama voulait faire avancer l'Islam radical...

Publié par David  - Catégories :  #ANALYSE

 

BLOG 56

 

Si Obama voulait faire avancer l’islam radical, il ne s’y prendrait pas autrement – par Guy Millière

« Le passé chargé des rebelles libyens », titre Le monde. « La coalition redoute l’infiltration par al Qaida chez les insurgés », clame Le Figaro. Libération insiste plutôt sur un autre détail : « Des civils tués par une frappe de l’Otan ». On apprend ici ou là que les « rebelles » ont proposé un compromis à Kadhafi pour que la paix revienne, mais Kadhafi a refusé tout compromis. La télévision française parle de défections autour de Kadhafi et cite Moussa Koussa, ancien ministre des affaires étrangères du dictateur, en oubliant de signaler que Moussa Koussa n’était plus du tout en odeur de sainteté dans l’entourage de Kadhafi : pour la simple raison que c’est Moussa Koussa lui-même qui a conseillé à Kadhafi une coopération avec le monde occidental, et une contribution du régime libyen à la lutte contre le terrorisme islamique, avec les résultats pour Kadhafi qu’on constate aujourd’hui.  

Comment résumer la situation à ce jour ? Ce n’est pas facile. Même un auteur de fiction à l’imagination enfiévrée s’y perdrait.  

On a donc eu un philosophe s’improvisant stratège et poussant un Président français hyperactif et du style « j’agis d’abord, je réfléchis après » à intervenir pour des raisons humanitaires, et pour voler au secours d’une victoire décrétée inéluctable et proche.

On a eu un Premier ministre anglais suivant le Président français, et espérant décrocher avec les « rebelles » des contrats pour British Petroleum, déjà signés avec Kadhafi, mais qui semblaient très compromis par la tournure des choses.

On a eu un Président américain débile et idéologue, poussé à entrer dans la danse par le Président français et le Premier ministre britannique, et finissant par se laisser convaincre lorsqu’on lui a parlé des usages mirifiques qu’il pouvait faire de la notion de « responsabilité de protéger » pour nuire à son ennemi principal,Israël, et pour protéger ses amis « Palestiniens ».  

Et puis, soudain, la belle aventure a commencé à mal tourner.

Les « rebelles » dont le philosophe avait chanté la gloire impétueuse et irrépressible se révèlent être un mélange hétéroclite de déserteurs de l’armée libyenne, d’idéalistes aux idées vagues, d’islamistes aux idées précises, de chefs tribaux de Cirénaïque. Ils se révèlent incapable de mener la moindre action militaire digne de ce nom, et les seuls parmi eux qui s’avèrent savoir manier des armes autrement qu’en tirant vers le ciel en hululant, apparaissent avoir des liens avec al Qaida. La victoire semble changer de camp.  

La France, le Royaume-Uni et l’administration Obama parlent de risque de massacres en Cirénaïque et de nécessité de protéger les « rebelles », appelés aussi « civils ». Ils obtiennent le soutien de la Ligue arabe et des Frères musulmans, pour qui Kadhafi est un traître et un « Juif ». Ils arrachent la neutralité de la Russie et de la Chine, qui se disent que pendant qu’on s’obnubile sur la Libye, on ne regarde pas ailleurs.  

Des bombardements américano-franco-britanniques sont menés contre les positions de Kadhafi. Mais les « rebelles » perdent néanmoins du terrain et reculent.  

Critiqué au sein des Etats-Unis, le Président américain amorce un repli et déclare, samedi 2 avril, renoncer aux frappes opérées par l’aviation américaine, ce qui laisse les armées de l’air française et britannique en première ligne.  

C’est à ce moment que la presse française « découvre » les liens entre les « rebelles » et al Qaida : mieux vaut tard que jamais.

La presse qui paraît en anglais insiste sur ces liens depuis longtemps. On y apprend même, ce qui ne se dit toujours pas en France, que les « rebelles » ont vendu des armes prises dans les stocks de l’armée de Kadhafi au Hamas et au Hezbollah, et que des armes ont été transmises aussi à Al Qaida au Maghreb Islamique(AQMI).  

C’est à ce moment que la presse française découvre que l’Otan peut tuer des « civils ».

Les « civils » tués tiraient en l’air avec des balles traçantes. Par ailleurs, il serait temps que les journalistes français découvrent qu’il y a des « civils » à Tripoli et Syrte autant qu’à Benghazi. En lisant la presse qui paraît en anglais, les journalistes français découvriront aussi que l’armée de Kadhafi a compris l’avantage qu’il y avait à être « civil » et a laissé de côté les uniformes militaires. Ils pourront découvrir aussi que les « rebelles »  (ou les « civils ») de Benghazi font du nettoyage ethnique à Benghazi et éliminent les Libyens originaires de Tripolitaine et du Fezzan, ce qui a fait l’objet d’un reportage du Los Angeles Times paru samedi.   

On ignore ce que seront les prochains épisodes.  Des défections du type de celle de Moussa Koussa sont possibles, mais n’affaibliront en rien le régime de Kadhafi.

On voit de plus en plus mal ce que peut être l’issue.  

Laisser Kadhafi au pouvoir, désormais, ce serait laisser au pouvoir quelqu’un qui estime avoir été trahi et qui cherchera, le cas échéant, à se venger par tous les moyens, en recourrant vraisemblablement au terrorisme comme il l’a fait dans le passé.  

Installer les «rebelles » au pouvoir semble relever de la mission impossible, à moins d’une intervention forte et déterminée de troupes au sol : et encore, la guerre, en ce cas, durerait sans aucun doute des mois. Et il viendrait un moment où il faudrait se demander très sérieusement qui on envisage d’installer au pouvoir. Des gens proches de ceux que le monde occidental combat en Afghanistan ? Ce serait seyant et d’une logique remarquable.  

La troisième solution serait une partition du pays  entre Cirénaïque et Tripolitaine, la seconde restant aux mains de Kadhafi. Mais qui veillerait à la stabilité de cette partition ? Et qui surveillerait les activités d’AQMI dans le Fezzan ?  

La question que je me pose est : comment Nicolas Sarkozy et David Cameron vont-ils se tirer de cette situation ubuesque ? La réponse se trouvera sans doute dans la couverture médiatique de ce qui se passe. Les grands médias français ont massivement soutenu l’intervention, ce qui n’est pas vraiment le cas des médias britanniques. La population française, apparemment très influencée par les médias, soutient aussi l’intervention : on lui a tant répété que Kadhafi était ignoble et que les « rebelles » étaient des gens nobles et généreux, qu’ils ont fini par croire ce qu’on leur disait avec autant de ferveur qu’ils ont cru qu’il fallait sauver le régime de Saddam Hussein des griffes de l’ignoble George Walker Bush en 2003.  

Quelqu’un parviendra-t-il à expliquer aux Français que si Kadhafi est effectivement un dictateur peu recommandable, il ne nuisait à aucun des intérêts stratégiques du monde occidental, et que le remplacer par des gens liés à al Qaida ne serait pas une idée judicieuse ? J’en doute.  

Si des regains de terrorisme se produisent en Europe, je gage que les Français ne verront pas les relations de cause à effet. Ils ne verront pas non plus les relations de cause à effet quant le prix de l’essence à la pompe fera des bonds vers le haut et que des flux migratoires se feront vers les rives européennes.  

La France interviendra-t-elle avec des troupes au sol ? Force est de constater que la France n’a gagné militairement aucune guerre depuis le temps de Napoléon 1er. Et la France aujourd’hui, comme dirait Staline : c'est combien de divisions ?

Obama, bien sûr, ne sera pas critiqué en France, où on a décrété une fois pour toute que c’était un génie bienveillant, même lorsqu’il se prend les pieds dans le tapis. Il est très critiqué aux Etats-Unis, je l’ai dit. D’où sa décision de repli.   

Obama a perdu en cette affaire le soutien de la gauche extrême, tendance Michael Moore, qui le critique férocement et le compare désormais à Bush, ce qui est très injuste pour Bush.  

Les néo-conservateurs, en leur majorité, soutiennent l’intervention en Libye, tout comme la gauche démocrate, et cette majorité de néo-conservateurs voit en Obama un continuateur de la doctrine Bush, ce qui m’incite à dire qu’ils prennent leurs désirs pour la réalité.  

La gauche démocrate soutient l’intervention elle aussi : placer l’armée américaine sous les ordres de l’Onu.  

Seule une minorité de néo-conservateurs disent ce qui doit l’être : que l’intervention en Libye est contre-productive et potentiellement désastreuse, que combattre al Qaida en Afghanistan tout en soutenant des gens liés à al Qaida en Libye relève du crime stratégique, et que, pendant que l’intervention en Libye a lieu, l’Iran continue à tisser sa toile impunément.

Quelques-uns affirment qu’Obama est un idiot maladroit. D’autres, et c’est ma position, préfèrent affirmer qu’Obama est peut-être un crétin, mais que néanmoins, s’il voulait faire avancer l’islam radical, il ne s’y prendrait pas autrement.  

Qui devrait triompher dans le moyen terme ? Je l’ai déjà noté : le djihadisme, et la principale puissance djihadiste en ce début de vingt-et unième siècle, l’Iran.  

En Egypte, les Frères musulmans s’emparent un à un des leviers de commande. La junte au pouvoir se rapproche de Téhéran. Le Yemen risque fort de basculer du côté de Téhéran et d’al Qaida. Assad en Syrie peut mater la révolte dans le sang, et la révolte syrienne doit beaucoup aux Frères musulmans.  

De doctes islamologues parleront des clivages entre chiites et sunnites sans s’apercevoir que les sunnites d’al Qaida s’entendent depuis des années avec les chiites duodécimains au pouvoir à Téhéran, qui eux-mêmes s’entendent fort bien avec les sunnites du Hamas et avec les Frères musulmans.  

Israël est très isolé, et la « responsabilité de protéger » est prête à l’usage entre les mains de l’administration Obama.  

Un autre pays est isolé et en froid avec Washington : l’Arabie Saoudite.  Entre Téhéran et Riyad, Obama a choisi, tout comme entre Téhéran et Jérusalem, il a choisi aussi, et ce sont des choix très lourds de signification.

Guy Millière à suivre : http://www.drzz.fr/13089/comment-page-1/#comment-10640

http://www.drzz.fr/wp-content/uploads/2010/12/bannieredrzzfr1.jpg

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