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13 Jul

France : la galère libyenne...

Publié par David  - Catégories :  #ANALYSE

 

Que sont-ils allés faire dans cette galère libyenne ? – Michel Garroté

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Aujourd’hui, mardi 12 juillet 2011, le Parlement français, mène un débat, et, même, un vote, sur la participation de la France aux opérations militaires en Libye. Il se raconte que l'UMP et le Parti Socialiste considèrent que l'opération contre les forces du dictateur libyen, Kadhafi, est « acceptable », « légale » et « légitime » dans le cadre de la résolution 1973 de l'ONU. Et il se raconte que Sarkozy obtiendra le feu vert du Parlement pour continuer sa stratégie en Libye. Pourtant, cette guerre n'a pas atteint ses objectifs, quatre mois après le début des frappes, à l’initiative, déconcertante et inattendue, du président français. Kadhafi ne rend pas les armes et tient tête à la coalition. Les opérations se poursuivent, et, certes, une partie du territoire libyen est, plus ou moins, sous contrôle du Conseil national libyen de transition. Mais la partie et loin d’être gagnée. Et des doutes subsistent sur la nature réelle du Conseil national libyen de transition, auquel se mêlent des terroristes d’AQMI et donc d’Al-Qaïda ainsi que des combattants du dictateur génocidaire soudanais…

Rappelons, tout de même, que la France avait signé, il y a trois ans, un « accord de défense », concrètement, des ventes d'armement et une formation au profit des forces du dictateur Kadhafi.

Et précisons que la stratégie des frappes aériennes – et rien que des frappes aériennes – ne permet pas de remporter une victoire militaire. Celle-ci exige une occupation du terrain. Or, les forces du Conseil national libyen de transition ne sont pas en mesure de parvenir à une occupation de tout le terrain ; et donc il n’est pas en mesure de remporter une telle victoire.

Pire, les révélations sur les dessous de cette guerre empoisonnent encore davantage une opération militaire déjà peu convaincante en elle-même. Ainsi, selon Damien McElroy, du journal britannique ‘The Telegraph’, l’armée soudanaise entre en Libye ; elle soutient les rebelles. Et, elle livre ainsi, pense-t-on, à la France, une ville libyenne, Kufra, et, son pétrole. L’intervention occidentale en Libye est, certes, une intervention essentiellement franco-britannique ; mais prise sur l’initiative précipitée de Sarkozy.

Fait intéressant, le général français Vincent Desportes déclare, à propos de l’absence de stratégie – française en particulier et occidentale en général – dans la guerre de Libye (extraits) : « On a cru que cette guerre serait une entreprise facile. Nous sommes partis en Libye en estimant que notre puissance létale suffirait aisément à produire des résultats politiques. Je suis surpris par la difficulté qu’ont les nations à retenir les leçons de l’Histoire. Le pari risqué de gagner très rapidement, sans avoir à engager de troupes au sol n’a pas fonctionné. Depuis le début de cette guerre, on espère chaque jour que de simples actions supplémentaires de bombardement suffiront à faire tomber Kadhafi. Or, l’Histoire nous montre que ça ne marche pas. Nous avons à nouveau oublié qu’il est impossible de produire des effets politiques durables par le recours à la seule arme aérienne ».

Général Vincent Desportes : « Dans le cas de la Libye, il n’est pas impossible que l’on ait confondu guerre et maintien de l’ordre. La puissance militaire a été utilisée comme une compagnie de gendarmes mobiles, en oubliant que la guerre obéit à des logiques très différentes des opérations de police sur le territoire national. L’objectif initial de la coalition – une zone d’interdiction aérienne et la protection des populations de Benghazi – était parfaitement réalisable. Mais dès lors que l’on s’est lancé dans une démarche de nature politique, à savoir la chute de Kadhafi, on s’est engagé dans un processus très ambitieux par rapport aux moyens que l’on pouvait déployer ».

Général Vincent Desportes : « Mon impression est que la réflexion stratégique initiale a été imparfaite : sur la finalité possible de l’intervention, pour le moins ambiguë ; sur les capacités politiques et militaires de la rébellion, que nous avons surestimées ; sur la force et la résilience des pro-Kadhafi, que nous avons sous-estimées ; sur cette insurrection générale que nous espérions et qui ne s’est jamais déclenchée. Je ne parle même pas de "l’après-Kadhafi", qui va être extrêmement compliqué et dont, forcément, nous allons être responsables pendant des années. J’espère, comme tout le monde, que Kadhafi tombera demain. Mais je ne suis pas sûr que le temps joue en faveur de la coalition. La stratégie d’attente de Kadhafi pourrait finir par être gagnante. En particulier en raison du poids de notre effort de guerre. Nous faisons déjà appel à l’Allemagne pour compléter nos stocks de munitions, qui s’amenuisent. Je ne pense donc pas que la coalition – essentiellement franco-britannique – puisse poursuivre longtemps cet effort s’il ne produit pas au plus vite un effet politique clair ».

Général Vincent Desportes : « C’est l’affaire de quelques mois, tout au plus. Pour l’emporter rapidement, sauf coup de chance, il faudrait une offensive terrestre forte de plusieurs dizaines de milliers d’hommes, ce qui est strictement impossible. On parle ici d’une guerre des villes, de combats rapprochés, une guerre de soldats forcément meurtrière, pas de raser Tripoli. Nous sommes désormais en Libye dans une situation difficile et une démarche d’escalade ; nous avons détruit presque tout ce qui devait l’être, puis nous avons engagé nos hélicoptères, puis livré des armes aux rebelles. Hélas, parachuter des armes, ce n’est pas former une armée capable de prendre Tripoli. Le principe même de la stratégie, c’est de réfléchir au deuxième coup au moment où vous tirez le premier. J’ai le sentiment que le deuxième coup n’a pas été suffisamment préparé. Mais à l’heure qu’il est, nous ne pouvons plus attendre indéfiniment que le régime de Kadhafi tombe », conclut le général Vincent Desportes.

Michel Garroté

Reproduction autorisée avec les mentions ci-dessous :

Michel Garroté 2011 http://drzz.fr/

http://www.lepoint.fr/chroniqueurs-du-point/jean-guisnel/la-guerre-en-libye-jusqu-a-quand-12-07-2011-1351762_53.php

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À propos de Michel Garroté

Michel Garroté est diplomé ès sciences politiques de l'Université de Genève (Suisse). Il a travaillé dans le journalisme puis comme porte-parole du PDG de la multinationale Nestlé. Ce fils de diplomate a depuis été porte-parole de la European Roundtable of Industrialists (Bruxelles), porte-parole du Corps consulaire et diplomatique à Lausanne (Suisse) et rédacteur de la lettre d'information Amérique Latine Pétrole (Groupe Georges Bornes).Auteur d’un essai sur la conversion et la foi, « Du vin de vertige à la coupe du salut », édité par Publication Béatitudes en 2005. Et auteur d’un essai sur la foi et la dépression, « Dieu est il dépressif ? », paru aux Editions St-Joseph en 2007.


http://www.telegraph.co.uk/news/worldnews/africaandindianocean/libya/8611199/Sudanese-army-seizes-southern-Libyan-town.html

http://www.lejdd.fr/International/Actualite/La-strategie-d-attente-de-Kadhafi-pourrait-etre-gagnante-dit-le-general-de-division-Desportes-Interview-355543/

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