Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
11 Aug

L'Occident : dénierait-il aux Juifs le droit d’avoir un État Juif ?

Publié par David  - Catégories :  #POINT DE VUE

 

 

L' État Juif est-il légitime pour les occidentaux ? 10 août - par Bernard Darmon 

.

dernierres-1-013.jpg

.

Lors de la dernière réunion du Quartette composé de l’ONU, des Européens, des Russes et des États-Unis, aucune déclaration commune n’a pu intervenir. Les membres n’ont pas réussi à tomber d’accord sur un plus petit dénominateur commun qui aurait servi de base à une reprise des négociations. La raison majeure de cet échec est qu’à  part les USA, aucun représentant présent n’a voulu exprimer qu’Israël est l’État Nation du Peuple Juif.

Quelques jours plus tard, le CRIF,  qui ne manque jamais de s’exprimer,  s’est étonné des propos d’Alain Juppé qui avait émis des réserves sur la formule de « l’État Juif » compte tenu du fait que selon lui, en Israël « il y a des Juifs mais aussi des arabes ».

Finalement, pourquoi serait-il fondamental que l’État d’Israël soit reconnu comme l’État du peuple juif. Ne serait-ce pas là une acceptation d’un État Théocratique  intolérant avec les autres confessions.

Flash back :

Au XIXème siècle, des juifs laïcs ont théorisé la renaissance nationale juive comme solution à l’antisémitisme. Preuve que le nationalisme juif n’est pas théocratique, c’est dans l’esprit de ces laïcs qu’est née la volonté de créer l’État Juif. Sur cette base, en Russie, en Pologne ou ailleurs, un certain nombre de juifs  opprimés par des régimes principalement chrétiens ont considéré  que cet État pour les juifs était une solution. Incroyable revendication, ils voulaient vivre dans un État qui les considèrerait comme de vrais citoyens. Ils rêvaient de policiers qui  les protègent,  de soldats qui ne violent pas leurs femmes, de juges qui disent le Droit, enfin ils voulaient d’un État qui les acceptent en tant que Juifs.  Leur État, celui où ils n’auraient plus le statut irréversible d’Etranger et de Bouc Emissaire.

Revenons aux propos du « meilleur d’entre nous » :

Monsieur Juppé sait tout ça,  il est cultivé et raisonnable. Dénierait-il aux Juifs le droit d’avoir un État Juif sous prétexte qu’y vivent plus d’un million de musulmans. 

Monsieur Juppé sait très bien qu’Israël, État des juifs ou État Juif, est une démocratie vivante au sein de laquelle l’égalité des Droits de tous les citoyens, quelque soit leur confession,  est la Loi.

Monsieur Juppé sait aussi que le système judiciaire, parfaitement indépendant, protège tous les citoyens devant la Loi.

Alors pourquoi cette sortie inattendue, étrange, presque inconsciente.

Une erreur  habituelle est de considérer que musulmans et juifs seraient les seuls acteurs du conflit qu’on appelle israélo-arabe. Contrairement aux idées reçues, le monde occidental chrétien n’est pas le spectateur de ce conflit. Chacun sait la responsabilité de l’Europe Chrétienne dans le sort des juifs pendant  deux mille ans, et on oublie leur énorme responsabilité dans les évènements qui se déroulent sous nos yeux depuis une centaine d’années.

Le fait que depuis les croisades, les chrétiens n’aient pas tenté de reconquérir la Terre Sainte n’implique absolument pas qu’ils en auraient fait « le deuil ».Dans l’inconscient chrétien, admettre la réalité nationale d’Israël  en tant qu’État Juif sur cette Terre met en jeu le fondement d’une théologie en reconstruction ou déconstruction.  Sur le plan du patrimoine culturel occidental théocratique ou pas, les juifs sont ceux qui, en ne reconnaissant pas Jésus comme Messie, ont provoqué l’Exil défini comme la punition divine.

Kant recommandait aux juifs la possibilité de se convertir au christianisme pour faciliter leur intégration dans la société européenne. Hegel n’était pas d’accord et prétendait que les juifs se sont fossilisés du fait de leur refus du christianisme. Il  n’imaginait pas qu’ils puissent ni participer à l’Histoire, ni constituer une Histoire. Ces deux philosophes résument bien la place, ou l’absence de place faite au Juif dans les consciences de l’Europe du début du XIXème siècle, c’est ainsi que nous comprenons mieux les raisons de la création du sionisme politique.

La dialectique chrétienne ne peut subir sans conséquence désastreuse l’existence juive « normale », c'est-à-dire nationale.  Les avancées des « Lumières » se heurteront aux résultats de l’éducation chrétienne. Les juifs resteront tout au plus destinés à demeurer les témoins blafards d’un christianisme source de pensée et de développement. C’est dans ces conditions que, depuis le début du Sionisme, les occidentaux ont opté pour une politique de faux semblants.

Faire semblant d’aider les juifs contre les musulmans en  promulguant la déclaration Balfour qui en 1917 promet la Palestine aux juifs. Faire semblant d’aider les arabes en monnayant leurs puits de pétroles contre les deux tiers de cette même Palestine et en l’offrant aux Hachémites pour qu’ils créent la Jordanie.

Après le cataclysme de la seconde guerre mondiale, les occidentaux se sentirent obligés d’épancher leur mauvaise conscience envers les rescapés de la Shoah en votant pour  le partage du tiers restant de cette Palestine entre juifs et arabes,  s’opposant frontalement aux nations arabes. Pour les États occidentaux, ce ne fut  pas un vote d’adhésion, mais bel et bien un vote de compassion vis-à-vis des rescapés. Rappelons que les pays communistes votèrent oui massivement lorsque dans le même temps les USA hésitèrent jusqu’au dernier moment, et la Grande Bretagne s’est abstenue.

Dans ce relationnel compliqué entre juifs et chrétiens, n’oublions pas que le petit État juif créé en 1948 ne tissa des relations « normales » avec le Vatican qu’en 1993.

Jérusalem, symbole éternel du Judaïsme, reste toujours aujourd’hui une source de tensions entre Israël et l’Occident comme le montre chaque jour une multitude de déclarations internationales qui voudraient interdire aux Juifs le Droit de construire dans leur capitale.

Si le brillant Juppé, comme de nombreux autres,  soixante quatre ans plus tard, se refusent à considérer qu’Israël est l’État Juif et l’État des Juifs, c’est simplement que cette mauvaise conscience s’est estompée et que réapparaissent les fondamentaux de la pensée chrétienne européenne.

Les écolos-gauchistes européens,  et leur compassion incompréhensible, équivoque et partisane pour les Arabes Palestiniens les plus radicaux, relèvent eux aussi de la même pathologie. Leur dernier combat légitime fut l’anticolonialisme. Légitimement fiers de ces luttes pour la libération des peuples, ils n’ont pour la plupart rien dit ni rien fait pour l’émancipation de ces peuples qui sont passés d’un asservissement à un autre. Les révoltes en cours manquent cruellement de soutiens dans ces milieux de gauche. Pour ces écolos-gauchistes, l’opposition au sionisme est le subterfuge facile à leurs carences  idéologiques. Il est mieux admis sous les cieux européens d’expier son impuissance, par une hostilité à l’égard d’Israël. Sauf que l’alignement des athées européens d’origine chrétienne avec l’Islam radical n’est que la mutation du même virus bimillénaire.

.

Bernard Darmon

 

 

 

Commenter cet article

À propos

Désinformation