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01 Apr

Libye : L'objectif ? Protéger les civils, a-t-on dit.

Publié par David  - Catégories :  #AFRIQUE

 

 

L'objectif ? Protéger les civils, a-t-on dit.

C'est une explication très courte, et qui repose sur une lecture étrangement myope de la situation.

La Libye est, depuis six semaines, en situation de guerre civile, et il y a, en ce contexte, des civils à Benghazi, comme il y en a à Tripoli. Certains soutiennent  les « rebelles », d’autres soutiennent Kadhafi.

Dans un pays profondément imprégné de tribalisme, les choix se font sur des bases tribales. C’est un fait. Certains civils sont-ils, comme dans la Ferme des animaux de George Orwell, plus égaux que d’autres ? Et si on veut utiliser ce type d’argument et se situer sur des bases strictement humanitaires, ne peut-on dire qu’il y a des civils menacés en de multiples points du monde, souvent bien davantage  que les Libyens ?

Pourquoi ne pas intervenir en Syrie, au Yemen, à Bahrein, au Zimbabwe, pour citer quelques exemples.

S’il s’agit de renverser le régime de Kadhafi, cela devrait être dit plus explicitement.  Et cela devrait être énoncé comme étant le véritable but poursuivi : les dirigeants français semblent vouloir ce renversement, le Premier ministre britannique aussi, mais ils sont les seuls à s’exprimer en ce sens. Et si l’objectif avait été ainsi défini, la France et le Royaume Uni se seraient trouvés rapidement très isolés.

L'objectif étant défini de manière très hypocrite et ambiguë, il en résulte des explications erratiques, et qui diffèrent d’un jour à l’autre et d’un interlocuteur à l’autre.

Aucune des explications fournies ne dit pourquoi c’est Kadhafi qu’il faut renverser en priorité.

Violation des droits de l’homme ? Quel régime du monde arabe respecte les droits de l’homme ? Qui parlera du général Bashir au Soudan, accusé de crime contre l’humanité ? Allons… Et si on parle du monde musulman plus largement, on ne pourra faire autrement que citer l’Iran où les droits de l’homme sont violés quotidiennement. 

La complicité avec le terrorisme ? Kadhafi y a renoncé depuis neuf ans et coopéré depuis avec les services occidentaux dans la lutte anti-terroriste : ce qui n’est pas le cas du tout du pays que préside le général Bashir, ou de celui que préside Mahmoud Ahmadinejad. Allons, disais-je…

Cela nous conduit à la coalition. Et le moins qu’on puisse souligner là est : quelle étrange coalition ! Au côté de la France et du Royaume-Uni, on trouve précisément la Ligue arabe qui, sitôt les opérations lancées, s’en est désolidarisée. On trouve aussi les Etats-Unis d’Obama, qui sont rentrés dans le conflit à reculons, qui entendent s’en retirer au plus vite, et qui ne veulent pas du tout y jouer un rôle de premier plan : il se dit à Washington que c’est Hillary Clinton, Susan Rice et Samantha Power qui ont arraché l’accord de Barack Obama, qui avait une préférence pour le maintien de Kadhafi et qui, depuis, fait répéter autour de lui qu’il ne veut pas que Kadhafi s’en aille. Le commandement est censé passer à l’Otan au sein de laquelle ni l’Allemagne ni la Turquie, unies pour la circonstance, ne veulent elles-mêmes du départ de Kadhafi. On doit noter, de surcroît, que la coalition a le soutien des Frères musulmans et d’al Qaida. Merveilleux, non ?

Faut-il parler maintenant de la stratégie ? Des bombardements. Pas de troupes au sol. L’espoir de défections dans l’entourage de Kadhafi. Le souhait que les « rebelles » prennent le pouvoir. Cela impliquerait de leur livrer massivement des armes et de les organiser, bien sûr. Comment ? Mystère. Cela impliquerait aussi que des dirigeants « rebelles » émergent. Ceux dont on parle sont d’anciens ministres de Kadhafi qui ont fait récemment défection ou des recruteurs de djihadistes qu’ils ont envoyé par dizaines en Afghanistan. Pour combattre qui ? Des soldats de la France, du Royaume-Uni, des Etats-Unis, de l’Otan.

La boucle est bouclée.

Risque t-on de porter au pouvoir des gens que la France, le Royaume-Uni, les Etats-Unis, l’Otan, combattent ailleurs dans le monde musulman ? La réponse est : oui, hélas.

Guy Millière

Guy Millière, (spécialisation : économie, géopolitique). Titulaire de trois doctorats, il est professeur à l'Université Paris VIII Histoire des cultures, Philosophie du droit, Economie de la communication et Maître de conférences à Sciences Po, ainsi que professeur invité aux Etats-Unis. Il collabore à de nombreux think tanks aux Etats-Unis et en France. Expert auprès de l’Union Européenne en bioéthique, Conférencier pour la Banque de France. Ancien visiting Professor à la California State University, Long Beach.Traducteur et adaptateur en langue française pour le site DanielPipes.org. Editorialiste à la Metula News Agency, Israël Magazine, Frontpage Magazine, upjf.org. Membre du comité de rédaction d’Outre-terre, revue de géopolitique dirigée par Michel Korinman. Rédacteur en chef de la revue Liberalia de 1989 à 1992Il a participé aux travaux de l'American Entreprise Institute et de l'Hoover Institution. Il a été conférencier pour la Banque de France, Il a participé à l'édition d'ouvrages libéraux contemporains comme La constitution de la liberté de Friedrich Hayek en 1994 dans la collection Liberalia, puis dans la collection « Au service de la liberté » qu'il a créée aux éditions Cheminements en 2007. Il a également été rédacteur en chef de la revue éponyme Liberalia de 1989 à 1992. Il a été vice-président de l'Institut de l'Europe libre ainsi que Président et membre du conseil scientifique de l'Institut Turgot. Il fait partie du comité directeur de l'Alliance France-Israël présidée par Gilles-William Goldnadel. Il est l'auteur de plus d'une vingtaine d'ouvrages.

Lire l'article : http://www.drzz.fr/libye-une-intervention-inepte-par-guy-milliere/

Cet article a été article publié dans Les 4 vérités Hebdo

à lire :  Libye : Arrêtez le massacre ! On avait compris, que la résolution 1973, de la coalition

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