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23 Apr

Libye: la coalition dans la panade, ou la fuite en avant par Guy Millère

Publié par David  - Catégories :  #ÉDITORIAUX

BLOG 56

 

Libye : le choix de la fuite en avant – par Guy Millière

En regardant la gestion de la situation en Libye, on a le sentiment, de la part du gouvernement français d’une fuite en avant.  

Il y a donc une résolution des Nations Unies, votée au Conseil de Sécurité, qui autorise la “protection des civils” libyens, ceux de Benghazi, pas ceux de Tripoli. Bien. Cette résolution ne permet pas de recours à des troupes au sol. Bien, encore, c’est noté. Elle donne à l’intervention toute sa légitimité, c’est noté encore. Comment procède-t-on à un changement de régime sans intervention de troupes au sol ? J’attends la réponse à la question depuis un mois, et je ne l’ai toujours pas. Je pense que je ne l’aurai pas, car toute personne qui connait un minimum de stratégie sait que c’est impossible. 

Peut-on procéder à un changement de régime avec des “conseillers” français et britanniques et, pour toute troupe, un ramassis hétéroclite d’amateurs, de barbares et de djihadistes? On va me dire, oui, bien sûr. Mais ma propre réponse serait un NON en lettres majuscules. Seule l’armée américaine aurait les moyens d’atteindre l’objectif, et encore faudrait-il davantage que quelques conseillers ou quelques membres des forces spéciales.  

Comme je l’écris depuis le départ, l’opération en cours ne peut que se terminer par un échec.  

La seule possibilité qu’elle passe de la colonne “échec” à la colonne “succès” serait un engagement américain clair, net, ferme et déterminé : Obama est, au mieux, flou, mou et indéterminé. Cet engagement devrait comporter, outre une intervention au sol, une perspective claire de changement de régime permettant de voir qui est fiable et qui ne l’est pas parmi les “rebelles” : pour le moment, le moins qu’on puisse dire, vraiment le moins, est qu’on ne sait pas qui est qui, et qu’on sait qu’il y a des islamistes et des djihadistes parmi les dirigeants.  

Se débarasser d’un chef d’Etat africain chrétien qui fait de la résistance à la France, comme en Côte d’Ivoire, est une opération relativement facile. Renverser Kadhafi, qui est au pouvoir depuis quarante deux ans, et qui peut compter sur la fidèlité de plus de la moitié des tribus de Libye est bien plus difficile.  

Etrangement, la population française et les médias du même nom, qui avaient été très hostiles au changement de régime en Irak sont très favorables aux opérations en Libye. Est-ce parce que s’est trouvé utilisé le nom sacrosaint des Nations Unies, et qu’a donc été délivré un visa pour l’impuissance ? Peut-être. Est-ce parce que la France est en première ligne alors qu’en Irak, Chirac et Villepin avaient tout fait pour protéger Saddam ? C’est possible. Est-ce parce que Kadhafi, en coopérant depuis 2003 avec les Etats-Unis, a cessé d’être un dictateur apprécié de la gauche et des islamistes ? C’est envisageable. Est-ce parce que Kadhafi suscite l’hostilité franche des Frères musulmans tout autant que de l’Arabie Saoudite et des émirats du Golfe? C’est tout à fait envisageable, dans une période où la diplomatie française fait des grandes maneouvres et se déclare, par la voix d’Alain Juppé, tout à fait prête au dialogue avec les islamistes, “pourvu qu’ils soient en faveur de la démocratie”.  

Il n’empêche.  

Je maintiens que le risque le plus immédiat est de voir le pays divisé en deux, et rester un abcès de fixation et d’instabilité. 

Et je maintiens que cet abcès de fixation et d’instabilité aura été alors créé par l’aventurisme du gouvernement français, parti en guerre sans s’assurer d’avoir les alliés requis, la stratégie requise, les moyens requis, et le régime de remplacement entre les mains. Nicolas Sarkozy a réussi à entraîner David Cameron dans cette pitoyable épopée. Mais si quiconque à l’Elysée attendait autre chose d’Obama que ce qu’il a fait, c’est que l’incompétence est, dans les hautes sphères françaises, plus répandue encore que je ne l’imaginais. Il est vrai, certes, que le stratège au départ était un philosophe aux chemises blanches, grand admirateur d’Obama par ailleurs.  

Je maintiens que s’être comporté de cette façon aura des conséquences lourdes, tant pour l’approvisionnement pétrolier du pays, que pour les risques terroristes, tant ceux venant de Kadhafi, tant ceux venant des excités de Benghazi qui aiment décapiter et dépecer vivants leurs prisonniers, mais qui sont des gentils “civils”, bien sûr.  

Je maintiens qu’il y avait bien plus urgent. Le basculement de l’Egypte en direction des Frères musulmans et de l’Iran, c’est vraiment grave. Le basculement du Yemen vers l’Iran et al Qaida, c’est vraiment grave. L’hégémonie de l’Iran sur la région, c’est vraiment grave. Les massacres en Syrie, car là il y a des vrais massacres, c’est vriment grave.  

Aller faire la guerre en Libye, et surtout de cette façon alors qu’il se passe tant de choses vraiment graves dans la région est grotesque.  

J’aurais, en 2007, aimé pouvoir respecter Nicolas Sarkozy. Mais là… C’était déjà navrant. Cela devient consternant.  

Le malheur est que je persiste à  penser que Nicolas Sarkozy est ce qu’il y a de moins pire dans le contexte français actuel. Avoir le choix entre un Napoléon pour café de Flore, avec un petit sabre de bois et des allures de lapin Duracell, une socialiste nationale crispée, un écologiste de la jet set, un socialiste de la gauche ultra caviar, et un adepte du régime minceur pour qui l’histoire politique s’est arrêtée à Jean Jaurès (et je ne parle pas des quelques communistes qui trépignent à l’extrême-gauche), équivaut à ne pas avoir de choix du tout.

Guy Millière

À propos de Guy Millière

Guy Millière, (spécialisation : économie, géopolitique). Titulaire de trois doctorats, il est professeur à l'Université Paris VIII Histoire des cultures, Philosophie du droit, Economie de la communication et Maître de conférences à Sciences Po, ainsi que professeur invité aux Etats-Unis. Il collabore à de nombreux think tanks aux Etats-Unis et en France. Expert auprès de l’Union Européenne en bioéthique, Conférencier pour la Banque de France. Ancien visiting Professor à la California State University, Long Beach.Traducteur et adaptateur en langue française pour le site DanielPipes.org. Editorialiste à la Metula News Agency, Israël Magazine, Frontpage Magazine, upjf.org. Membre du comité de rédaction d’Outre-terre, revue de géopolitique dirigée par Michel Korinman. Rédacteur en chef de la revue Liberalia de 1989 à 1992Il a participé aux travaux de l'American Entreprise Institute et de l'Hoover Institution. Il a été conférencier pour la Banque de France, Il a participé à l'édition d'ouvrages libéraux contemporains comme La constitution de la liberté de Friedrich Hayek en 1994 dans la collection Liberalia, puis dans la collection « Au service de la liberté » qu'il a créée aux éditions Cheminements en 2007. Il a également été rédacteur en chef de la revue éponyme Liberalia de 1989 à 1992. Il a été vice-président de l'Institut de l'Europe libre ainsi que Président et membre du conseil scientifique de l'Institut Turgot. Il fait partie du comité directeur de l'Alliance France-Israël présidée par Gilles-William Goldnadel. Il est l'auteur de plus d'une vingtaine d'ouvrages.

Lire l'article : http://www.drzz.fr/libye-le-choix-de-la-fuite-en-avant-par-guy-milliere/

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